
Introduction
Ainsi commence le Cabinet du Docteur Caligari. Un fou va raconter une histoire de fous à un autre fou : l'histoire du mythique Caligari et de Cesare le somnambule ; et ses premières paroles sont « Les esprits sont partout... ».Si les esprits sont partout, comment se manifestent-ils ? Sont-ils faits de matière, sont-ils visibles ? Peut être ni l'un, ni l'autre : après tout cet univers est un monde de fous.
Dans notre univers, en tous les cas, la manifestation de l'esprit se fait par le corps. Qu'en est-il dans Caligari ? Pour chercher la réponse nous étudierons les manières dont est traité le corps dans le film. Quelles en sont les caractéristiques et les symboliques possibles.
La mécanicité
Le jeu expressionniste, et cela est très caractéristique dans Le cabinet du docteur Caligari, est très codifié. Il se caractérise par une gestuelle théâtrale expressive à l'extrème. Les mouvements n'y sont pas naturels, ils sont en quelque sorte mécaniques.
On le constate surtout avec les deux personnages principaux que nous pouvons considérer comme des êtres expressionnistes purs comme nous le verrons tout au long de cette étude.
L'arrivée du docteur Caligari dans les premiers temps du film montre un corps à la démarche inquiétante, comme rouillé par l'âge qui marche vers la caméra, va vers le spectateur. Mais la mécanique la plus forte est celle du somnambule Cesare, dont la première démarche est hésitante, bancale, n'est pas sans rappeler ces robots japonais que l'on vois souvent aux informations. Êtres de métal, ils obéissent à leurs ingénieurs et avancent douloureusement vers le Monde.
Le jeu expressionniste, et cela est très caractéristique dans Le cabinet du docteur Caligari, est très codifié. Il se caractérise par une gestuelle théâtrale expressive à l'extrème. Les mouvements n'y sont pas naturels, ils sont en quelque sorte mécaniques.
On le constate surtout avec les deux personnages principaux que nous pouvons considérer comme des êtres expressionnistes purs comme nous le verrons tout au long de cette étude.
L'arrivée du docteur Caligari dans les premiers temps du film montre un corps à la démarche inquiétante, comme rouillé par l'âge qui marche vers la caméra, va vers le spectateur. Mais la mécanique la plus forte est celle du somnambule Cesare, dont la première démarche est hésitante, bancale, n'est pas sans rappeler ces robots japonais que l'on vois souvent aux informations. Êtres de métal, ils obéissent à leurs ingénieurs et avancent douloureusement vers le Monde.
Dans un domaine plus cinématographique, Cesare est en quelque sorte comme l'androïde de Metropolis ou bien comme le Golem. Machines, objets inanimés, morts, ils viennent/reviennent à la vie par la volonté de leur maitre, de leur créateur, de leur réalisateur : ici, Caligari. On peut tout à fais comparer Cesare à la créature de Frankenstein ( bien que celle ci ne soit jamais apparue dans un film expressionniste ), constituée à partir de membres morts et de morceaux de métal et qui prend vie par la volonté de son inventeur. Cette mécanicité du corps montre une artificialité du mouvement, comme si l'expressionnisme avait voulu recréer la gestuelle humaine mais dans sa dimension la plus expressive.
Aristote au 4em siècle av-J.C évoquait l'idée que lorsque nous aurons des machines, les esclaves deviendront inutiles. Aujourd'hui c'est chose faite et les années 1920 s'inscrivent dans l'aire de la révolution industrielle. On retiendra d'ailleurs un des premiers films des frères Lumière où des ouvriers sortent de leur usine moderne, remplie de machines et marchent vers une autre machine : la caméra. La machine peut donc apparaître comme la forme moderne du corps ou au moins un attibut moderne.
Mais la machine peut aussi apparaître comme une ombre de vie. Et la machine qui joue sur l'ombre de vie est omniprésente dans la forme même de Caligari : c'est le cinématographe ! Machine moderne qui utilise la vie pour recréer une ombre de vie et qui fait renaitre ses Cesare à chaque nouvelle projection. Comme si le personnage de Caligari était le cinématographe et Cesare sa pellicule. Caligari guide les mouvements de son somnambule et lui fais jouer chaque jours de nouvelles scènes puis lui fais rejouer des scènes du passé.
La froideur de la machine peut également être une autre interprétation de de cette mécanicité des corps. En effet les peuples germaniques, dans leur climat mais aussi dans leur comportement sont connus pour une certaine froideur, la sensualité des corps étant plutôt méditerranéenne. D'ailleurs la seule femme du film, Jane est dénuée de toute sensualité. Elle dit d'ailleurs ne pas pouvoir suivre les élans de son coeur.

Les vêtements
À la fin du film, le directeur de l'asile parle du « légendaire Caligari », cette dimension légendaire se retrouve dans les vêtements des personnages, qui font partis à part entière du corps. Si la dimension mécanique du corps avait une dimension moderne, futuriste, prédicatrice, les vêtements désuets dont Wiene affuble ses personnages apparaissent comme des lambeaux du passé, des guenilles sorties d'outre tombe.
Les vêtements de Caligari sont, des gants blancs rayés trois trais noirs , une canne et d'épaisses lunettes rondes, « flottant dans une ample popeline relevée par un haut de forme de couleur sombre » ( R. Kurtz ). Ici les vêtements sont un élément important du personnage car lorsque l'on lui change, il n'est plus la même personne : le directeur de l'asile, plus rassurant, porte une élégante redingote ( Les lunettes rondes qu'il met par la suite sont d'ailleurs un élément extrêmement important car on vois tout à coup resurgir le regard diabolique de Caligari ).
Le personnage d'Alan, quant à lui est à l'opposé de Caligari. S'il garde un style ancien, une portée légendaire, il porte un beau costume et une cravate bien nouée. Son physique semble assez naturel, comme s'il était la touche naturaliste du film ( nous reviendrons d'ailleurs sur ce point avec le maquillage ).
Cesare, lui, est entre Caligari et Alan. Jean Mitry dira de lui :
« Cesare, symbole de l'agressivité inconsciente, est associé à des figures triangulaires, à des angles aigus. Interpreté par Conrad Veidt, large d'épaule, mince de hanches, moulé dans un collant noir, son corps même dessine un triangle. »
Son juste au corps noir est intemporel, il peut aussi bien être un habille du passé qu'une tenue de ballet moderne. Son corps met donc en valeur sa relation au temps : il est à la fois le présent ( il renait à chaque fois pour la première fois ), le passé, et l'avenir ( il annonce l'avenir physiquement et oralement ). Son vêtement filiforme rappelle la pellicule sur laquelle on filme le futur et avec laquelle on projète le passé.

Enfin Jane, la promise d'Alan et de Francis apparaît dans le prologue et l'épilogue comme une figure christique, vêtue d'une robe ou d'une toge blanche ( le doute donne ici une dimension légendaire encore plus ancestrale au personnage ).
Le maquillage
Si les vêtements font partis à part entière du corps, il ne le couvrent pas entièrement. Le visage et les mains sont quant à elles maquillées. Il faut se souvenir qu'à l'origine l'expressionnisme est un mouvement pictural ( comme on l'observe dans Caligari par les décors en toile peinte créés par Rohrig et Reimann ). Le maquillage participe fortement à cette picturalité, tout est peint jusqu'au corps.
Les yeux sont cerclés de noir et les visages blancs et sont même entourés eux même de noir ( une alternance de lumière et d'ombre qui est le mouvement même qui s'opère devant nos yeux quand nous regardons un film : une image lumineuse puis l'obscurité, noir et blanc, et ceci 24 fois par secondes ) et l'exemple le plus fort est encore Cesare, véritable pellicule à la forme humaine.

Le maquillage souligne également ce que les costumes affirmaient déjà. Ainsi Caligari dont les gants blancs étaient rayé de trois lignes noirs, possède cet artifice dans son maquillage : ses cheveux blancs son rayés eux aussi de trois coups de pinceau noir.

Mais le personnage d'Alan dont nous avons étudié le costume se distingue encore des autres personnages par son maquillage. Très peu maquillé, Alan est un personnage entre expressionnisme et naturalisme. Il faut noter que ses mains ne sont ni gantées ni maquillées, ce qui donnera vie ( ou mort d'ailleurs ) à un des plans les plus effrayant du film. Un plan sur ses mains tranchées par une ombre anguleuse dont la position traduit l'effroi le plus total, un appel à l'aide désespéré face au pantin du meurtrier Caligari : Cesare. Avec Alan, le dernier élément naturel du film meurt, peut être également le mouvement impressionniste, tué par Cesare, tué par le cinéma expressionniste lui même.

Le mouvement
L'expressionnisme est donc essentiellement pictural comme nous l'avons dit. Cette picturalité se caractérise également par la fixité de la caméra, les plans sont donc comme des tableaux accrochés au mur ou encore posés sur leur chevalet.
On pourrait alors penser que Caligari aurait pu n'être qu'une série de tableaux ou de photographies de tableaux, or Wiene à décidé d'en faire un film. Pourquoi ? Pour répondre il ne faut pas se demander uniquement comment fonctionne le Cabinet du Docteur Caligari, mais se demander surtout comment fonctionne son support : le cinématographe. Vingt-quatre images défilent devant l'oeil du spectateur sur une durée d'une seconde et donne une impression de mouvement. Le cinéma c'est donc avant tout le mouvement, mais de quoi ?
La légende populaire veut que lors de la première projection de cinématographe, un spectateur a crié « Oh ! Les feuilles bougent ! ». Dans Caligari, les feuilles n'existent pas. Tout n'est qu'étouffante ville ou plutôt tableaux représentants la ville. Il n'y a donc qu'une chose qui peut faire mouvement : le corps.
Ce mouvement qui manque à la picturalité du film, c'est le corps qui va l'apporter. Les corps se meuvent dans des espaces fermés, fixes, oppressants. Comme des acteurs se meuvent sur une scène de théâtre. Ces corps forment ainsi l'âme du film, c'est grâce à eux que Caligari ne saurait être ni un simple tableau, ni une photographie. Et pourtant l'on pourrait dire que des machines peuvent elles aussi créer le mouvement. Certes mais les objets ont elles une âme ? C'est un thème que l'on retrouve souvent, notamment dans le cinéma gothique, la maison de The Haunting, de Robert Wise par exemple ( à la fois objet, personnage et décor d'ailleurs ) est elle même animée à l'écran et semble posséder une volonté propre. Pourtant celle si n'est en fait que l'outil d'un fantôme, d'un esprit. On peut alors remettre en cause l'importance du corps dans Caligari, et pourtant ce sont bel et bien ces corps qu'utilisent les personnages pour agir. Peut être ne sont-ils que des objets au service d'esprits, mais alors les esprits peuvent ils en utiliser d'autres ?
C'est ce que nous allons voir maintenant.
L'expressionnisme est donc essentiellement pictural comme nous l'avons dit. Cette picturalité se caractérise également par la fixité de la caméra, les plans sont donc comme des tableaux accrochés au mur ou encore posés sur leur chevalet.
On pourrait alors penser que Caligari aurait pu n'être qu'une série de tableaux ou de photographies de tableaux, or Wiene à décidé d'en faire un film. Pourquoi ? Pour répondre il ne faut pas se demander uniquement comment fonctionne le Cabinet du Docteur Caligari, mais se demander surtout comment fonctionne son support : le cinématographe. Vingt-quatre images défilent devant l'oeil du spectateur sur une durée d'une seconde et donne une impression de mouvement. Le cinéma c'est donc avant tout le mouvement, mais de quoi ?
La légende populaire veut que lors de la première projection de cinématographe, un spectateur a crié « Oh ! Les feuilles bougent ! ». Dans Caligari, les feuilles n'existent pas. Tout n'est qu'étouffante ville ou plutôt tableaux représentants la ville. Il n'y a donc qu'une chose qui peut faire mouvement : le corps.
Ce mouvement qui manque à la picturalité du film, c'est le corps qui va l'apporter. Les corps se meuvent dans des espaces fermés, fixes, oppressants. Comme des acteurs se meuvent sur une scène de théâtre. Ces corps forment ainsi l'âme du film, c'est grâce à eux que Caligari ne saurait être ni un simple tableau, ni une photographie. Et pourtant l'on pourrait dire que des machines peuvent elles aussi créer le mouvement. Certes mais les objets ont elles une âme ? C'est un thème que l'on retrouve souvent, notamment dans le cinéma gothique, la maison de The Haunting, de Robert Wise par exemple ( à la fois objet, personnage et décor d'ailleurs ) est elle même animée à l'écran et semble posséder une volonté propre. Pourtant celle si n'est en fait que l'outil d'un fantôme, d'un esprit. On peut alors remettre en cause l'importance du corps dans Caligari, et pourtant ce sont bel et bien ces corps qu'utilisent les personnages pour agir. Peut être ne sont-ils que des objets au service d'esprits, mais alors les esprits peuvent ils en utiliser d'autres ?
C'est ce que nous allons voir maintenant.
La multiplication
Au delà de leur corps, les personnages de Caligari se matérialisent à travers d'autres objets.
Cesare apparaît sous pas moins de quatre formes :
-Tout d'abord son portrait exhibé par Caligari à l'entrée de son stand à la fête foraine . Son portrait est d'ailleurs comparable à la carte qu'observe Thomas Hutter dans Nosferatu avant de partir en voyage, forme purement graphique, c'est ainsi que l'on le découvre pour la première fois. On explore graphiquement un être ou un lieux avant d'aller à sa rencontre. En quelque sorte comme un contrat ( thème purement expressionniste que l'on retrouve dans Faust de Murnau ), que l'on signe avant de s'engager à entrer dans le Monde des ténèbres.
-Ensuite son corps bien entendu.
-Puis son ombre lors du meurtre d'Alan. Cesare devient un personnage du hors champ et il y emporte sa victime comme le M de Fritz Lang. Le premier plan où l'on vois son ombre est d'ailleurs comparable à la première apparition de M : l'ombre entre dans le champ et vient se poser sur un kiosque à affiches, un mur graphique en quelques sortes. Ici pas d'affiche, le mur est en lui même un graphisme. La lumière y est peinte, les ombres également.
-Enfin, son mannequin placé dans la boite pour ne pas éveiller les soupçons. Ce mannequin est presque son deuxième corps : le corps acteur est vivant et le corps mannequin est mort, ce sont des deux faces du personnage. Il est alors comme le Golem, un être de pierre ou de tissus qui prend vie.
Caligari, quand à lui possède deux formes :
-Son corps que nous avons déjà décrit.
-Sa forme légendaire. Le docteur Caligari copie en fait le comportement d'un autre dont il a découvert l'existence dans un livre. Il le copie ou en est lui même la réincarnation d'ailleurs. En effet ces deux personnages semblent porter le même nom et le même titre de docteur. Ce livre est peut être alors lui même le Caligari légendaire. C'est ici l'idée du livre originel, qui contient une vérité ou une prophétie. Caligari était peut être destiné à exister, à prendre vie. Wiene s'est inspiré lui même d'un livre pour écrire le scénario du film ( Pour reprendre notre idée que Caligari serait une caméra, le scénario serait alors lui même ce livre, ce texte originel ). Il a donc donné vie à ce personnage, l'a mis en abime.
Mais la forme corporelle de Caligari est en elle même compliquée : un même corps abrite deux personnages différents : Lui même et le directeur de l'asile dans l'épilogue. Nous en parlions dans l'étude des vêtements.
-Jane enfin n'a qu'une seule forme matérielle : son corps. Toutefois elle semble se transformer entre le flash-back et l'histoire cadre, tout change chez elle : ses vêtements, le jeu de l'actrice, sa personnalité. Elle ne meurt pas mais semble perdre son âme après la tentative de l'assassiner de Cesare ( on ne la revois d'ailleurs plus dans le flash-back ). Elle devient une sorte de figure christique, plus proche des esprits que des corps.
La mort
« Ainsi le film n'est autre chose qu'une nature morte, tous les éléments vivants y ayant été tués à coups de pinceau . »
Jean Epstein parlait ainsi du film de Wiene. Toutefois il y a deux façon de lire cette phrase.
En la replaçant dans son contexte c'est une critique virulente de Caligari. Epstein l'impressionniste ne pouvait admettre que la mort règne sur le cinéma. Il ne pouvait admettre que les corps soient eux même peints.
En revanche, prononcée par un expressionniste, cette phrase ne serait pas du tout une critique mais plutôt une constatation ou une revendication. Le monde de Caligari est un monde de mort. Or, par définition, la mort est la séparation de l'âme et du corps. Comment donc les corps peuvent-ils s'animer s'ils sont dénués de vie ?
Pour répondre étudions d'abord Cesare. Il est le personnage de la vie et de la mort : il renait à l'infini par la volonté de son maitre et il enlève la vie. Physiquement cette dualité existe : il apparaît comme un mort vivant, il n'a pas tout à fait l'apparence d'un être de vie mais pas tout à fait non plus l'apparence d'un cadavre. Son apparence révèle son esprit : « Cesare connait le passé et voit l'avenir ». Il est à la limite entre la vie et la mort et est donc hors du temps.
Autre figure entre la vie et la mort : Jane. Figure Christique, elle à une relation toute particulière à la mort. Le Christ meurt puis ressuscite, c'est la « Pacques », « passage » en hébreux. La mort apparaît comme un passage, une porte à franchir. Cette idée est présente dés sa première apparition : bras levés et yeux vers le ciel, elle écarte les branches des arbres pour passer. Son corps apparaît donc comme une lumière dans le monde de l'expressionnisme, dans un monde de ténèbres.
Conclusion
Cette étude nous à permis de voir, à travers le corps, de nombreux aspects constitutifs de l'esthétique et de la symbolique expressionniste. Nous pouvons citer Jean Mitry : « on vois quels sont les buts de l'expressionnisme : traduire symboliquement, par les lignes, les formes ou les volumes, la mentalité des personnages, leur état d'âme, leur intentionnalité . »
Le corps expressionniste est donc un objet graphique animé par les esprits. Des esprits qui peuvent se matérialiser de plusieurs manières différentes. Si le corps semble être la forme la plus expressive de certains intentionnalités, parfois il est remplacé par d'autres formes encore plus expressives.
Toutefois le corps à l'état pur ne peut pas satisfaire Caligari, il faut encore que celui ci soit modelé, transformé, peint. Il faut lui enlever son âme pour laisser y entrer une autre. Une âme, un esprit légendaire et prédicateur, hors du temps, habité par la folie.
Les esprits sont partout ...





0 commentaires:
Enregistrer un commentaire