Introduction
En 1966, Sergio Leone réalise ce qui est sensé être son dernier western : Le Bon, la Brute et le Truand. Ce sera en fait son avant dernier, il clôturera cette page de sa filmographie avec « Il était une fois dans l'Ouest » qui se déroule à la toute fin de cette époque sauvage. Il clôt néanmoins une trilogie, dite trilogie du dollars ou de l'homme sans nom dans laquelle le personnage joué par Clint Eastwood est la constante. Le Bon, la Brute et le Truand sont trois hommes solitaires qui apprennent l'existence d'un trésor caché dans une tombe. L'un connait le nom du cimetière, l'autre le nom inscrit sur la tombe et le troisième cherche à part.
Leone, comme à son habitude maltraite ses personnages, est ironique et cruel avec eux tout en les rendant sympathiques et antipathiques à la fois.
Le titre : Le Bon, la Brute et le Truand
Trois qualificatifs pour trois personnages principaux. Avant que le film ne commence nous savons donc qu'un personnage est sensé être bon, un autre une brute et un troisième un truand.
Le générique se finit, trois hommes armés entrent dans un saloon, à peine ont ils franchit la porte que trois coups de feu retentissent. Un autre homme, revolver fumant dans une main et gigot dans l'autre explose la fenêtre et atterrit dans la rue. Arrêt sur image, c'est le Truand, Tuco. Il vient d'abattre trois hommes avec une seule main et en étant pris par surprise. Le premier personnage que l'on découvre est le dernier dans le titre. Un doute plane déjà, on a plus vu une brute qu'un truand pour l'instant : il sort de la manière la plus bruyante possible, est mal rasé, sale, a un morceau de gigot coincé entre les dents et sa serviette crasseuse autour du cou.
À la scène suivante un jeune garçon voit une silhouette sombre et mince approcher à cheval. L'homme descend, entre dans la maison et vient narquoisement manger à la table de cette paisible famille de paysans. Il à été payé pour retrouver le père, obtenir un renseignement et le tuer. Ce dernier lui propose 1000$ pour tuer l'homme qui voulait sa tête. Le chasseur de prime accepte, le tue avec toute sa famille, prend l'argent et va tuer son premier client dans son lit. C'est la Brute, Sentenza. Là encore il peut aussi bien être la brute que le truand mais après tout il n'a fait qu'exécuter ce que l'on l'avait payé pour faire.

Nous retrouvons notre truand, il en est bien un et on offre 2000$ pour sa tête. Là encore 3 hommes cherchent à l'avoir, il ne peut rien faire. Un personnage vêtu de clair le sauve. Le Bon ? Ce dernier livre finalement Tuco à la justice et touche la prime. Il le sauve ensuite de la pendaison et partage le magot, une alliance se forme, le monde se divise maintenant en deux parties « ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la leur coupent ». La combine fonctionne encore mais les deux hommes finissent par se disputer sur leur pourcentage et le coupeur de corde abandonne Tuco en plein milieu du désert, sans eau. Arrêt sur image, il est le Bon. Cette appellation arrive n'arrive qu'au bout d'une demi heure de film et vient contredire tout ce que l'on pouvais alors penser de ce personnage : s'il semble bon au moment où il sauve Tuco, c'est uniquement pour toucher la prime de sa capture. Il agit avec brutalité et sa combine de livrer Tuco à la justice pour ensuite le libérer et recommencer relève plus de la truanderie que d'autre chose.

Une remise en cause du titre devient alors évidente pour le spectateur, il est totalement dynamité par Leone qui en dira d'ailleurs :
« Ces appellations étaient arbitraires. Très vite, on peut s'apercevoir que le bon ( Eastwood ) est tout autant un fils de pute que les deux autres. Ils se valent tous ! »
Limite entre bien et mal
Il existe dans le western classique et souvent dans le cinéma américain une sorte de manichéisme qui veut que, très schématiquement, le bon soit un shérif propre, bien rasé, honnête et intègre. Pour ne prendre qu'un exemple : Burt Lancaster dans « l'homme de la loi » de Michael Winner. Le shérif méthodiquement arrête les bandits car c'est son travail.
Poussé en caricature on obtient l'histoire édulcorée de Lucky Luke, l'homme qui tire plus vite que son ombre, est bien coiffé, bien rasé et arrête à chaque fois les mauvais Dalton ( Morris utilisera d'ailleurs le personnage de Lee Van Cleef dans un album comme un contrepoint à ce western manichéen ).

Ici le fonctionnement n'est pas le même, pour C. Fayling, « Dans le western classique, le héros c'est celui qui sait le mieux tirer, dans le western italien, c'est celui qui sait le mieux tirer qui est le héros », même s'il est un salaud.
Dans le Bon, la Brute et le Truand, les trois héros sont à la limite entre le bien et le mal. Ils ne sont ni des personnages totalement positifs, ni des personnages totalement négatifs. La limite entre bien et mal est floue, diffuse. C'est comme cela que Leone parvient à donner de la vérité, de l'authenticité à ses personnages. Il considère que le monde n'est pas tout blanc ou tout noir, les hommes ont le choix de leurs actes.
Chez le frère de Tuco, au monastère, de nombreuses statues de saints sont abimées. On peut voir là dedans un délabrement des valeurs morales dans l'Ouest. Il n'y a plus de ligne de conduite. Selon F. Minnini, l'Ouest de Leone est un Ouest sans Dieu. Blondin dira d'ailleurs à Tuco « Dieu n'est pas avec nous et il déteste les corniauds dans ton genre ! » . Cette absence de valeurs morales sera notamment reprise par Don Siegel dans « Sierra Torride » ( Eastwood avait proposé à Leone de réaliser ce film mais ce dernier à refusé, ayant compris très vite que la bonne-sœur était une prostituée ).

« Le Monde de Leone n'est pas le lieu d'un ordre chamboulé qu'il s'agirait de restaurer ( western classique ) » J. B. Thoret
Ce floue de la limite entre bien et mal se retrouve plus ou moins dans tous les films de Leone et participe à son style. Toutefois bien d'autres éléments forment la pâte du réalisateur.
Le style Leone : le western à l'italienne
Sergio Leone nait le 3 janvier 1929 à Rome, il est le fils de Vincenzo Leone dit Roberto Roberti ( pionnier du cinéma italien ) et de l'actrice Bice Waleran. Très tôt Leone flotte donc dans le milieu du cinéma. Son père est un opposant politique à Mussolini, son enfance se passe dans le climat brutal du fascisme. Il grandit dans un quartier populaire et découvre très vite le cinéma américain.
Leone s'inscrit dans une tradition picturale italienne : le portrait ( le paysage étant plutôt français ) qui est « l'emblème du temps qui passe » pour V. Ostria. Dans tous ses films Leone utilise énormément le gros plan, voir le très gros plan, et forme une véritable galerie de portraits. Balzac décrivait des décors, Leone décrit des visages.
Le premier plan du Bon, la Brute et le Truand est un plan très large sur un décor de désert qui est immédiatement obstrué par un visage crasseux, mal rasé, en sueur. Le paysage devient un visage car le visage est un paysage.
En 1966, Sergio Leone réalise ce qui est sensé être son dernier western : Le Bon, la Brute et le Truand. Ce sera en fait son avant dernier, il clôturera cette page de sa filmographie avec « Il était une fois dans l'Ouest » qui se déroule à la toute fin de cette époque sauvage. Il clôt néanmoins une trilogie, dite trilogie du dollars ou de l'homme sans nom dans laquelle le personnage joué par Clint Eastwood est la constante. Le Bon, la Brute et le Truand sont trois hommes solitaires qui apprennent l'existence d'un trésor caché dans une tombe. L'un connait le nom du cimetière, l'autre le nom inscrit sur la tombe et le troisième cherche à part.
Leone, comme à son habitude maltraite ses personnages, est ironique et cruel avec eux tout en les rendant sympathiques et antipathiques à la fois.
Le titre : Le Bon, la Brute et le Truand
Trois qualificatifs pour trois personnages principaux. Avant que le film ne commence nous savons donc qu'un personnage est sensé être bon, un autre une brute et un troisième un truand.
Le générique se finit, trois hommes armés entrent dans un saloon, à peine ont ils franchit la porte que trois coups de feu retentissent. Un autre homme, revolver fumant dans une main et gigot dans l'autre explose la fenêtre et atterrit dans la rue. Arrêt sur image, c'est le Truand, Tuco. Il vient d'abattre trois hommes avec une seule main et en étant pris par surprise. Le premier personnage que l'on découvre est le dernier dans le titre. Un doute plane déjà, on a plus vu une brute qu'un truand pour l'instant : il sort de la manière la plus bruyante possible, est mal rasé, sale, a un morceau de gigot coincé entre les dents et sa serviette crasseuse autour du cou.

À la scène suivante un jeune garçon voit une silhouette sombre et mince approcher à cheval. L'homme descend, entre dans la maison et vient narquoisement manger à la table de cette paisible famille de paysans. Il à été payé pour retrouver le père, obtenir un renseignement et le tuer. Ce dernier lui propose 1000$ pour tuer l'homme qui voulait sa tête. Le chasseur de prime accepte, le tue avec toute sa famille, prend l'argent et va tuer son premier client dans son lit. C'est la Brute, Sentenza. Là encore il peut aussi bien être la brute que le truand mais après tout il n'a fait qu'exécuter ce que l'on l'avait payé pour faire.

Nous retrouvons notre truand, il en est bien un et on offre 2000$ pour sa tête. Là encore 3 hommes cherchent à l'avoir, il ne peut rien faire. Un personnage vêtu de clair le sauve. Le Bon ? Ce dernier livre finalement Tuco à la justice et touche la prime. Il le sauve ensuite de la pendaison et partage le magot, une alliance se forme, le monde se divise maintenant en deux parties « ceux qui ont la corde au cou et ceux qui la leur coupent ». La combine fonctionne encore mais les deux hommes finissent par se disputer sur leur pourcentage et le coupeur de corde abandonne Tuco en plein milieu du désert, sans eau. Arrêt sur image, il est le Bon. Cette appellation arrive n'arrive qu'au bout d'une demi heure de film et vient contredire tout ce que l'on pouvais alors penser de ce personnage : s'il semble bon au moment où il sauve Tuco, c'est uniquement pour toucher la prime de sa capture. Il agit avec brutalité et sa combine de livrer Tuco à la justice pour ensuite le libérer et recommencer relève plus de la truanderie que d'autre chose.

Une remise en cause du titre devient alors évidente pour le spectateur, il est totalement dynamité par Leone qui en dira d'ailleurs :
« Ces appellations étaient arbitraires. Très vite, on peut s'apercevoir que le bon ( Eastwood ) est tout autant un fils de pute que les deux autres. Ils se valent tous ! »
Limite entre bien et mal
Il existe dans le western classique et souvent dans le cinéma américain une sorte de manichéisme qui veut que, très schématiquement, le bon soit un shérif propre, bien rasé, honnête et intègre. Pour ne prendre qu'un exemple : Burt Lancaster dans « l'homme de la loi » de Michael Winner. Le shérif méthodiquement arrête les bandits car c'est son travail.
Poussé en caricature on obtient l'histoire édulcorée de Lucky Luke, l'homme qui tire plus vite que son ombre, est bien coiffé, bien rasé et arrête à chaque fois les mauvais Dalton ( Morris utilisera d'ailleurs le personnage de Lee Van Cleef dans un album comme un contrepoint à ce western manichéen ).

Ici le fonctionnement n'est pas le même, pour C. Fayling, « Dans le western classique, le héros c'est celui qui sait le mieux tirer, dans le western italien, c'est celui qui sait le mieux tirer qui est le héros », même s'il est un salaud.
Dans le Bon, la Brute et le Truand, les trois héros sont à la limite entre le bien et le mal. Ils ne sont ni des personnages totalement positifs, ni des personnages totalement négatifs. La limite entre bien et mal est floue, diffuse. C'est comme cela que Leone parvient à donner de la vérité, de l'authenticité à ses personnages. Il considère que le monde n'est pas tout blanc ou tout noir, les hommes ont le choix de leurs actes.
Chez le frère de Tuco, au monastère, de nombreuses statues de saints sont abimées. On peut voir là dedans un délabrement des valeurs morales dans l'Ouest. Il n'y a plus de ligne de conduite. Selon F. Minnini, l'Ouest de Leone est un Ouest sans Dieu. Blondin dira d'ailleurs à Tuco « Dieu n'est pas avec nous et il déteste les corniauds dans ton genre ! » . Cette absence de valeurs morales sera notamment reprise par Don Siegel dans « Sierra Torride » ( Eastwood avait proposé à Leone de réaliser ce film mais ce dernier à refusé, ayant compris très vite que la bonne-sœur était une prostituée ).

« Le Monde de Leone n'est pas le lieu d'un ordre chamboulé qu'il s'agirait de restaurer ( western classique ) » J. B. Thoret
Ce floue de la limite entre bien et mal se retrouve plus ou moins dans tous les films de Leone et participe à son style. Toutefois bien d'autres éléments forment la pâte du réalisateur.
Le style Leone : le western à l'italienne
Sergio Leone nait le 3 janvier 1929 à Rome, il est le fils de Vincenzo Leone dit Roberto Roberti ( pionnier du cinéma italien ) et de l'actrice Bice Waleran. Très tôt Leone flotte donc dans le milieu du cinéma. Son père est un opposant politique à Mussolini, son enfance se passe dans le climat brutal du fascisme. Il grandit dans un quartier populaire et découvre très vite le cinéma américain.
Leone s'inscrit dans une tradition picturale italienne : le portrait ( le paysage étant plutôt français ) qui est « l'emblème du temps qui passe » pour V. Ostria. Dans tous ses films Leone utilise énormément le gros plan, voir le très gros plan, et forme une véritable galerie de portraits. Balzac décrivait des décors, Leone décrit des visages.
Le premier plan du Bon, la Brute et le Truand est un plan très large sur un décor de désert qui est immédiatement obstrué par un visage crasseux, mal rasé, en sueur. Le paysage devient un visage car le visage est un paysage.

Ce premier 1er plan est également un choc visuel typiquement Leonien car il oppose deux échelles de plan : un plan très large et un plan très serré. Il forme ainsi une nouvelle rhétorique, un nouveau rythme de cadrage et de montage qui trancher littéralement avec le western classique.
La découverte progressive du hors champ est un des procédés qu'utilise souvent le réalisateur. Dans Le Bon, la Brute et le Truand, dans le cimetière à la fin du film, Tuco creuse avec une planche de bois, travelling arrière, Blondin entre dans le champ et lui lance une pelle, encore travelling arrière Sentenza apparaît et lance une seconde pelle pour faire creuser Blondin

Les couleurs sont également très caractéristiques dans les films de Leone. Si elles ont pâlit au cours des années, les couleurs originales n'étaient pas dans le genre pastel, on peut le voir sur des versions remasterisées dernièrement sorties à l'occasion du festival du film de Lyon. Ces couleurs sont en harmonie avec les personnages et les histoires de l'univers de Leone : à la fois subtils et hauts en couleur.
Tous les éléments du western Leonien sont donc présents dans ce film, et étaient même déjà amorcés dans « Le colosse de Rhodes » : les couleurs, les décors désertiques, les scènes de torture, les flèches qui transpercent les corps, des ruptures de cordes... Le Bon, la Brute et le Truand est déjà là.
La guerre
Pour le Bon, la Brute et le Truand, Sergio Leone à été influencé par plusieurs œuvres. Tout d'abord le film La Grande Guerre de M. Monicelli (1959), pendant la 1ere guerre mondiale, deux hommes déploient tout leur ingéniosité pour échapper au combat. Ensuite pour le côté absurde de la guerre, Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline que Leone avait le vague projet d'adapter. Cela ne se fera hélas jamais.
Il ne faut pas oublier que Leone à grandit dans l'atmosphère de la seconde guerre mondiale, on retrouve donc des allusions aux camps de concentration nazi dans Le Bon, la Brute et le Truand : les prisonniers musiciens qui jouent pendant que Tuco est torturé sont un écho de ce qui se passait dans les camps de concentration.
Il est très rare de voir la guerre de Sécession dans un western, c'est encore une façon de tirer sur les codes du western classique. Leone voulait également contrarier l'histoire officielle : « La guerre civile américaine est un sujet tabou parce que sa réalité est démente. Mais la véritable histoire des États-Unis fut construite sur une violence que la littérature et le cinéma n'ont jamais montrée. Et moi, je me méfie toujours de l'histoire officielle. Sans doute parce que j'ai grandi sous le fascisme. J'ai vu de quelle manière on manipulait la véritable histoire .»
Leone traitre la guerre d'une manière toute particulière, avec distance, pudeur. Il abandonne un temps l'exaltation de l'action pour prendre un ton plus grave. Il critique plus les dirigeants que les soldats, ces derniers étant des victimes.
« Dés le début, je voulais parler de la guerre de Sécession. Je souhaitais décrire l'imbécilité humaine dans un film picaresque où je montrerais aussi la réalité de la guerre. J'avais lu que 120.000 personnes étaient mortes dans ces camps sudistes comme Andersonville. Et je n'ignorais pas que les Nordistes avaient faits la même chose. On connait le score honteux des vainqueurs. Jamais celui des vainqueurs. Alors j'ai décidé de montrer cette extermination dans un camp nordiste ».
Pour Serge Daney, la guerre est le quatrième personnage du film. Présente dés le générique, elle influence et affine les trois autres. Tuco et Blondin s' humanisent davantage ( Blondin : « je n'ai jamais vu un tel gâchis d'hommes. » ). Sentenza, pour sa part, reste lui même : il s'engage dans l'armée pour continuer ses trafics et ses meurtres légalement. La trajectoire de la guerre vient s'ajouter à celles de trois hommes solitaires. Elle contrarie leur histoire, interagit avec et finit par l'absorber. Par exemple, pour la scène des éperons elle contrarie Blondin qui n'entend les pas des hommes de Tuco qu'au moment ou les soldats dehors s'arrêtent. Puis un coup de canon le sauve de la pendaison. Enfin elle absorbe l'histoire lorsque Sentenza utilise le cadre légal de la guerre pour interroger Tuco sur l'emplacement du trésor en prétextant vouloir des renseignement sur l'armée confédérés.
Enfin le pont pris entre les deux armées est un obstacle vers le tresor.

La musique
La musique du film à été composée comme d'habitude pour les films de Leone par son amis Ennio Morricone. Alliant sons et musiques, il reproduit le cris d'un coyote avec deux groupes de chanteurs, les uns criants AAA et les autres EEE en léger décalé, l'imitation est parfaite et permet des effets sonores recherchés comme par exemple le dernier cris de Tuco « Eh Blondin ! Tu veux qu'je dise ?! Ta mère c'est la reine des putes ! » ( assez mal traduit dans la version française : « T'es le plus grand dégelasse que la terre a jamais porté » ) et sur la sonorité de « putas » commence le cris de coyote qui termine la phrase du truand.
Chaque personnage à son propre thème autour de ce cris : sauvage pour Tuco, vif pour Blondin et sournois pour Sentenza ( puis très doux après sa mort ). Par cela, le film est comparable à un concerto ( plutôt qu'à un opéra comme l'a dit Leone dans une interview de N. Simsolo, il trouvait qu'il n'y avait aucun réalisme dans l'opéra ).
La musique est un élément même de l'action, qu'elle soit in, off ou même over. Par exemple la musique jouée par des prisonniers dans le camp nordiste pour cacher les cris de Tuco, torturé par le « gros » homme de main de Sentenza.
En over, elle accompagne des cassures de rythme. Par exemple dans la séquence du désert lorsque la charrette fantôme arrive, le rythme et l'histoire sont bousculés par la musique. Selon J. B. Thoret elle renforce aussi bien la fable que la réalité.
Petite anecdote : Morricone lançait la musique sur le plateau pendant le tournage pour mettre les acteurs dans l'atmosphère de la scène, les films étaient ensuite post-synchronisés. Pour Il était une fois dans l'Ouest Henry Fonda était au début très déstabilisé par cette méthode puis s'est finalement habitué et à demandé à avoir la musique pour chaque scène.
Wallach - Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez
Le Truand. Interpreté par Elli Wallach, est originaire de l'Actor's Studio, Leone l'avait reperé sur le tournage de « La Conquête de l'Ouest » où il interprétait un bandit.
« J'ai choisis Wallach en me basant sur un geste qu'il à fait dans La conquête de l'Ouest, lorsqu'il descend du train et qu'il parle à Peppard. Il voit un enfant, il se tourne d'un coup et lui tire dessus avec le doigt en faisant une grimace, j'ai tout de suite compris qu'il y avait un acteur comique à la Chaplin en lui et que tout pouvait se faire avec lui. En fait nous nous sommes bien amusés ensemble ».
Tuco est un anti-héros, son nom est ironique : Benedicto Pacifico ; il n'est ni bénit, ni pacifique. Aussi longue que son nom, la liste de ses méfaits est extraordinaire, il est recherché dans 14 comtés de l'État pour :
-homicide volontaire
-attaque à main armée
-vol de banque et de services postaux
-vol d'objets sacrés
-incendie criminel d'une prison d'État
-faux témoignages
-bigamie
-abandon de domicile conjugal
-incitation à la prostitution
-escroquerie et extorsion de fonds
-recel
-émission de fausse monnaie
-usage de jeux de cartes et de dés truqués
-agression et complicité de meurtre
-viol d'une jeune fille de race blanche
-sabotage d'une voie ferrée et attaque d'un convois ferroviaire
-trafic d'armes, de munitions et d'explosifs
-vente de matériel appartenant à l'armée
-participation à l'évasion de quatre détenus etc etc...
Tuco est une figure carnavalesque, un Sancho Pansa qui rote, jure, crache, fais un signe de croix plus qu'approximatif. Son côté grossier et grotesque lui donne une dimension cartoonesque, presque à la Tex Avery.
Toutefois il est également doté d'une finesse psychologique encore jamais vue dans un film de Sergio Leone et qui le rend très attachant. Il est plus incarné, à un passé, un dynamisme. Il n'est pas seulement un bandit mis aussi un homme qui n'a pas eu une vie facile. Son frère est entré au monastère alors qu'il n'avait que dix ans, il a du rester seul avec ses parents et travailler. Lorsqu'il retrouve son frère qu'il n'a pas vu depuis neuf ans, celui ci lui apprend, sur un air de reproche, que leur père est décédé depuis longtemps et leur mère depuis à peine quelques jours. La dispute avec son frère se règle par les poings, il s'en va. Il dira plus tard à Blondin « c'est un chic type, mon frère, il m'adore ! » Pour J. B. Thoret c'est « le monde tel qu'on voudrait qu'il soit et tel qu'il ne l'est pas. Parfois l'embellissement du monde n'est pas un déni ou un mensonge, mais l'unique moyen de l'habiter moins durement. »
Tuco est également capable d'une grande précision au tir comme il nous le démontre au stand de tir, sous les yeux ébahis de l'armurier et également dans sa baignoire lorsqu'il tire alors que son arme est caché sous la mousse. Mais il ne pourrait tirer ainsi sans une arme fiable, aussi il la compose lui même : le barillet de ce revolver avec le canon de celui là, monté sur la crosse de ce modèle... Tuco est un expert, grossier certes mais expert tout de même.
Il sert également de contrepoint au laconique Blondin. Ensemble ils forment un duo comique qui annonce déjà Sean et Juan dans Il était une fois la révolution.
Eastwood - Blondin/la trilogie de l'homme sans nom
Le Bon. Interprété par Clint Eastwood, c'est la troisième fois que ce dernier tourne avec Sergio Leone, il reprend son personnage de l'homme sans nom. Ce personnage ne peut porter que des surnoms : l'étranger ; Blondin dans Le Bon, la Brute et le Truand, rapport à ses cheveux clairs ; le Manchot dans Et pour quelques dollars de plus, pour son habitude de ne se servir que de sa main droite, la gauche étant constamment agrippée à la crosse de son revolver ).
Les avis sont souvent partagés sur la possibilité qu' Eastwood joue le même personnage dans les trois films, toutefois cela semble être la bonne solution car on retrouve à chaque fois son poncho vert aux motifs greco-romains ( les trous faits dedans dans Pour une poignée de dollars sont d'ailleurs visibles dans certaines scène de Et pour quelques dollars de plus ) et ses Toscano, cigares italiens qu'on casse par le milieu tant ils sont secs, que Leone obligeait Eastwood à fumer.

Leone à confirmé lors d'une interview qu'il s'agissait bel et bien du même personnage : « Mais finir ce film ne me suffisait pas, alors juste avant la séquence de l'arène, j'ai inventé la scène où Clint trouve le poncho près du jeune Sudiste agonisant. Et je lui ai fais mettre […] Plus tard quand il a libéré Tuco, il s'éloigne avec ce poncho, il va vers les aventures précédentes. Il va dans le Sud pour vivre l'histoire de « Pour une poignée de dollars ». Et la boucle est bouclée, la trilogie fonctionne en cercle fermé. »
Et heureusement que la boucle est bouclée car Eastwood et Leone n'arriveront plus à travailler ensemble par la suite. Eastwood déclarera : « Dans le premier j'étais seul. Dans le deuxième nous étions deux. Ici, nous sommes trois. Si ça continue, dans le prochain, je serais accompagné par la cavalerie américaine ».
Blondin est un personnage laconique, il a une « nonchalance pleine de fatigue » selon J. B. Thoret. Mais il est aussi capable de brutalité comme lorsqu'il gifle violemment Tuco ou lorsqu'il l'abandonne dans le désert. Il a une sorte de bonté cynique : à la fin il met Tuco en équilibre sur une tombe avec une corde autour du cou et lui laisse la moitié du butin. Il coupe finalement la corde. Le fait de laisser sa part au truand confirme sa relative bonté, il est plus détaché de l'argent que les deux autres.
C'est également un personnage intelligent, Sentenza, qui le connait apparemment bien sait qu'il ne parlerait pas sous la torture ou dirait n'importe quoi. Enfin un aspect qui n'existera plus dans ses futures aventures, surement car il se sera endurci au fil du temps, il éprouve de la compassion. Il donne alors son manteau à un jeune soldat agonisant et lui offre une bouffée de son cigare.
Van Cleef - Sentenza/Mortimer
La brute. Sentenza est un tueur à gage professionnel, privé d'abord, public ensuite ( à l'armée ). Il tue froidement, son nom lui va bien, il signifie litteralement « la sentence ». Il utilise se met à son compte lorsqu'il apprend l'existence du trésor.
Ses méthodes sont bien celles d'une brute, il tire à bout portant à travers un oreiller, torture Tuco, massacre toute une famille, frappe une femme... Ce personnage est à part car il est nettement plus négatif que les deux autres.
À l'origine le personnage devait être joué par Charles Bronson mais ce dernier était déjà sur le tournage des « Douze salopards ». Le positif du personnage ne réside pas dans ce film. Et pour cause, Leone s'est amusé à faire jouer à Lee Van Cleef un personnage totalement opposé à celui de son dernier film. Dans « Et pour quelques dollars de plus », Lee Van Cleef jouait le colonel Douglas Mortimer, personnage au parfait opposé de Sentenza ( ici ce n'est pas la même chose qu'avec Eastwood qui reprend un personnage en évolution ). Mortimer est un militaire à la retraite, un personnage romantique et fin.

Dans la version américaine, il est appelé Angel Eyes ( regard d'ange ), l'ironie de Leone est reprise par les traducteurs jusque dans le nom de la brute mais ce surnom n'existe pas dans la version italienne et la version française, peut être pour laisser planer un doute : Sentenza est il son nom ou son surnom ?
Bien qu'il a surtout interprété des rôles de mauvais, Lee Van Cleef était un personnage très calme à l'opposée de ce qu'il montrait à l'écran. Il a d'ailleurs eu beaucoup de mal à tourner la scène où il frappe une prostituée qui connait Bill Carlson, n'arrivant pas à lever la main sur une femme.
Van Cleef avait également peur des chevaux si bien qu'il a fallu lui trouver une monture de cirque parfaitement dressé. Mais il fallait encore le faire monter dessus avec une chaise.


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